Elias Sanhaji
96-06-26
17.DEC.2025
96-06-26
17.DEC.2025
lors de la Coupe du monde remportée par l’Italie contre la France au cours d’une finale mythique, je connais mes premiers grands émois footballistiques. Nombreuses sont les personnes de ma génération qui pensent avoir connu le prime du football : on a vu évoluer l’aube et l’apogée de la rivalité Messi—Ronaldo ; on a admiré les clubmen, joueurs légendaires qui restent fidèles à leur club durant quasiment toute leur carrière à l’instar des Del Piero et Buffon à la Juve ; on assiste aux survivances d’un football “plus authentique” avec son spectacle fantaisiste sur le terrain et en dehors, son joga bonito et ses tifos. Aujourd’hui, les plus nostalgiques diront que le football moderne est de plus en plus aseptisé, de moins en moins spectaculaire (data management, arbitrage vidéo,
jeu ultra tactique et standardisé) et de moins en moins populaire (droits tv, prix des places élévé, surveillance dans les stades, répression des ultras).
À travers cette exploration intime d’une période d’évolution importante du football, entre archives de mes passions d’enfance et ma pratique du foot, je mobilise sans nostalgie ni regret un univers d’images avec vingt ans de plus. Je redécouvre la Juventus de Turin et le Standard de Liège, les deux clubs chers à mon cœur depuis petit : le premier, club magouilleur bourgeois et très conservateur du nord de l’Italie ; le second, club magouilleur populaire Belge wallon, traditionnellement
ouvrier et fervent antifasciste.
Au travers d’une exploration rétrospective, voici la réminiscence
d’un espace imaginaire, présenté comme l’intimité d’un foyer qui réveille de bons souvenirs.
—Elias Sanhaji.
Au milieu de cet échange, un instant fige le monde. 107e minute. La balle rebondit vers le cœur du terrain et Zidane, légèrement éloigné de l’action, pivote pour se replacer. Materazzi est là, une phrase courte s'échange à peine audible pour quiconque se trouve à plus de deux mètres. Zidane s’arrête net. Il se retourne lentement. Le vacarme du stade se réduit comme si l’air devenait plus lourd. Materazzi lui fait face, surpris par l’immobilité soudaine de son adversaire. Zidane abaisse la tête, se penche vers l’avant, et percute le torse de l’Italien avec une puissance sèche. Materazzi s’effondre en arrière. Les joueurs s’immobilisent. Certains lèvent les bras, d’autres avancent en hésitant, incapables de comprendre. L’arbitre, d’abord loin de la scène, se tourne, intrigué par le tumulte. Les assistants s’agitent, les mots se perdent dans la confusion. La décision tombe : carton rouge. Zidane ne proteste pas. Il fixe l’arbitre un instant, tourne les talons, le visage fermé et calme. Il s’avance lentement, vers la ligne de touche, au milieu des sifflets, des cris, des murmures, et du silence de celleux qui réalisent l’ampleur de ce qui est en train de se jouer.
La finale est déjà une légende.
De toutes ces choses, Elias nous propose une exploration spécifique et située de son expérience personnelle—que nous pouvons qualifier de terrain. Car c'est autour de rituels que les supporter·icex, intégré·ex à diverses communautés d'affects, jouissent par le foot d’un espace d'expression emotionnelles non-filtrées—parfois même de transes collectives, d’intimités identitaires, héritées ou non, d’extases ou non, de mémoires affectives aussi symptomatiques de dynamiques de classe. Et ainsi, d’un biais d'affirmation existentiel transcendé à l'heure du jeu en cohésions sociales puissantes.
Le foot est outil d'expressions culturelles.
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ANALOG PHOTOS Raphaëlle
BAR Eléonore, Renaud & Raphaëlle