Léo Grégoire
EVERYTIME
YOU BLINK
YOU FEEL
IT CHANGE
11.FEB.2026


images generation.
Glitch syntaxique, collision nue. Le sens y est double. Ce n’est plus seulement que nous créons des images, les images nous créent—car le pouvoir passe aussi par la capacité à produire du visible. La démultiplication exponentielle des dispositifs de captation ont achevé de transformer le statut du visible. L’image n’est plus rare, ni même exceptionnelle : elle est continue. Son autorité ne tient plus à son apparition mais à sa circulation; elle se consomme, se remixe, se compresse. Sa reproductibilité poussée à son paroxysme algorithmique, écrase jusqu’à l’idée même d’original. Il n’est plus question de présence, mais de performance. À l’heure où l’intelligence artificielle est vivement critiquée—production massive, vitesse, standardisation—, de nouvelles pratiques, endurantes et sensibles prennent corps, là où elles demeuraient muettes. Rien de moins synthétique ou artificielle que l’attention portée aux micro-événements auxquels Léo réfère dans ses différentes pratiques—de textes et d’images. Décéleration brutale, comme un wagon de rollercoaster qui s’arrête net. À rebours de l’instantanéité et de la performance, son travail engage une temporalité étirée, presque domestique, conditionnée par une économie de moyens imposée, un regard portée à ce qui demeure marginal dans les hiérarchies du visible. La photographie relève ici d’une simple complexité : celle d’une pratique endurante, millimétrée, scrupuleuse et laborieuse—jusqu’à la traque des plus infimes poussières entrechassées entre le réel et ses images, témoins presque imperceptibles que le monde résiste encore à sa propre reproduction. L'image est un cran d’arrêt aux observations, aux attentes, aux hésitations qui, elles, durent inlassablement pour toujours. Sa pratique naît d’un espace saturé d’objets ordinaires, de surfaces trop pleines, des recoins négligés.
De tout ce que l’économie visuelle dominante juge insignifiant : débordements, empilements, zones d’encombrements, interstices, corps, écrans. Le désordre est une cartographie sensible, tactile : un réseau d’indices sur la manière dont nous habitons le monde. Habiter y est central. Ses images sont moins des représentations que des états. Qu’on y habite ou qu’il nous habite. L’image capture l’espace habité comme un organisme vivant, traversé de flux, de lumières, bruits lointains, notifications muettes, circulations d’air, Barton. Rien n’y est jamais stable. Si une chaise est déplacée, un rideau entrouvert, une table abîmée, alors chaque surface charie tout son narratif avec elle : tout modifie la scène. Everytime you blink you feel it change. La photographie n’en est qu’un enregistrement, et l’image, une chose si fragile. 

       Au-delà de la prétention de l’image en elle-même, cette pratique analogique requiert une attention obstinée qui, dupliquée au travail d’écriture, sont toutes aussi exigeantes. La pratique photographique, comme celle de l’écriture, agencent errances improductives d’une manière jamais ordinaire, contre-intuitive et spécifiquement attaché à saon auteurice. Léo pose l’attention vers ce qui tend à être exclu. Ces éléments ne sont pas traités comme des sujets, mais comme symptômes reflétant un état du monde. Voici une archive vivante, témoin de ce qui défaille. Pour tromper l’ennui, au moins. L’image devient un lieu d’enregistrement de tensions ordinaires, de toutes ces incohérences successives qui rendent parfois l’air irrespirable ; chaque érosions en proie à devenir doucement de brûlants calvaires. Elle dit la manière dont les objets manufacturés tentent d’imiter l’authenticité, créant un gouffre subtile dans lequel la réalité vécue par le corps ne se laisse pas tromper—l’absence étriquée entre instants de productivités, dont les espaces standardisés promettent du confort tout en produisant de l’aliénation.
       L’écriture prolonge ce geste. Les textes font images autrement ; l’écriture devient un acte de survie : transformer la déchéance en matière, la solitude en parole, la médiocrité quotidienne en vérité nue. Non pas sublimer, mais tenir. Tenir face à la prolifération d’images surréèlles, face à l’obsolescence programmée des objets comme des corps, face à la disparition progressive d’espaces pervertis en nostalgies. 

Ses textes et ses photographies partagent cette même posture : regarder en face, sans filtre flatteur, ce qui compose nos vies contemporaines. Le texte procède par accumulation, par glissements successifs, par digressions contrôlées. Une description en entraîne une autre ; un détail ouvre sur une réflexion plus large—économie, politique, mémoire collective.

L’intime n’y est jamais confession décorative : il devient surface d’inscription de conditions sociales. Factures, meubles trouvés, objets bas-de-gamme, écrans omniprésents, pressions administratives. Léo y incorpore des slogans, fragments de conversations, injonctions publicitaires, interfaces numériques.
      Le langage lui-même apparaît contaminé par les logiques de marché et de surveillance. Mais au cœur de cette saturation, quelque chose résiste : une voix qui doute, qui observe, qui ironise parfois, sans céder au cynisme. Sa pratique n’a pas à embellir le réel ; elle l’expose tel qu’il est. Brut, sensible, nerveux et tendre. Sans vernis ni précaution. La sincérité y compte davantage que l’élégance. Des gestes ordinaires—boire, fumer, attendre, écrire—retrouvent une densité presque existentielle. Sous l’apparente désinvolture affleure une lucidité aiguë sur la condition humaine. Lorsque l’intime apparaît, il ne s’agit jamais d’une confession décorative mais d’un filtre qui laisse entre-voir de réelles vulnérabilités sans drames.
       images generation.
Génération d’images, processus techniques. Images générationnelle—moins biologiques que médiatiques. Générations en images, époques figées de représentations. Génération d’images; proliférations visuelles, avalanches. Décélération. Face au flux, elle respire—cherche une image nécessaire. La saturation est l’épuisement même qui érode les choses, bien plus rapidement encore que l’image ne se fige sur le papier.


a§s


MATÉRIEL, TRANSPORTS
Louise & Alexis




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